L’assurance dans le financement agricole : enseignements pour les banques publiques de développement
Découvrez comment les banques publiques de développement peuvent intégrer l’assurance au financement agricole afin de réduire les risques, de soutenir les petits exploitants et de renforcer la résilience climatique.
L’assurance dans le financement agricole : enseignements pour les banques publiques de développement
17 juin 2026 | En ligne
Résumé
L’agriculture reste l’un des secteurs les plus exposés aux risques, en particulier dans les économies en développement et émergentes. Variabilité climatique, sécheresses, inondations, ravageurs, volatilité des prix, pertes de production et perturbations des marchés fragilisent les moyens d’existence ruraux et la sécurité alimentaire. Ces risques touchent aussi les institutions financières en augmentant l’incertitude, en affaiblissant la capacité de remboursement et en limitant la volonté des prêteurs de servir les clients agricoles.
L’événement d’apprentissage sur l’assurance pour les BPD a posé une question centrale : comment intégrer efficacement l’assurance aux produits financiers afin de réduire les risques des agriculteurs et des institutions tout en favorisant l’inclusion financière et une agriculture résiliente face au climat ? Le message principal est que l’assurance agricole ne doit pas être considérée comme un produit autonome, mais comme un élément d’un écosystème associant crédit, assurance, garanties, subventions, assistance technique, données et partenariats.
Trois messages essentiels se dégagent. Premièrement, l’assurance peut réduire la vulnérabilité des agriculteurs et des prêteurs, protéger la capacité de remboursement et encourager l’investissement productif. Deuxièmement, son adoption reste limitée par son coût, une culture financière insuffisante, le manque de confiance, les coûts élevés du dernier kilomètre, la faiblesse des données et le défaut d’intégration à d’autres produits. Troisièmement, les BPD sont bien placées pour lever ces obstacles grâce à leur mandat public, à leurs données de portefeuille, à leurs liens avec les pouvoirs publics et les assureurs, et à leur capacité d’agréger la demande.
L’événement a présenté des exemples concrets issus du Bangladesh et de l’Éthiopie, des approches d’assistance technique du PNUD ainsi que l’expérience de la Colombie, à travers la Comisión Nacional de Crédito Agropecuario (CNCA) et FINAGRO. Dans leur ensemble, ces cas démontrent que l’assurance est d’autant plus efficace lorsqu’elle s’inscrit dans une stratégie globale de gestion des risques, plutôt que d’être conçue comme un produit financier isolé.

Défis liés à la couverture des petits exploitants agricoles. Source : Rabo Partnership
Introduction et contexte
Le webinaire a été organisé comme un événement d’apprentissage visant à présenter le rôle de l’assurance dans le financement agricole et à fournir aux BPD agricoles des éclairages pratiques sur la manière d’intégrer l’assurance à leurs opérations. Ses objectifs étaient notamment d’expliquer comment l’assurance réduit les risques pour les agriculteurs comme pour les prêteurs, de présenter des modèles associant l’assurance à des produits financiers, de mettre en lumière des études de cas de différentes régions, d’examiner les conditions favorables au changement d’échelle et de souligner le rôle des BPD en collaboration avec les assureurs et les décideurs publics.
Le point de départ de la discussion était que l’agriculture est structurellement exposée aux risques. Les agriculteurs sont vulnérables aux chocs climatiques, aux risques biologiques, aux fluctuations des prix, aux pertes de production et aux perturbations des marchés. Lorsque ces risques se matérialisent, ils peuvent affecter non seulement les producteurs individuels, mais aussi des portefeuilles de prêts entiers, surtout en cas d’événements systémiques tels que les sécheresses ou les inondations. Cela renforce la perception de l’agriculture comme un secteur à haut risque, ce qui se traduit souvent par des taux d’intérêt plus élevés, une pénétration limitée du crédit et l’exclusion financière des petits exploitants.
Pour les BPD, cette situation représente à la fois un défi et une opportunité. Le crédit seul est souvent insuffisant lorsque les emprunteurs restent pleinement exposés aux chocs externes. Un agriculteur qui obtient un prêt mais ne bénéficie d’aucune protection contre la sécheresse, les maladies, les inondations ou la volatilité des prix demeure vulnérable, tout comme le prêteur. L’assurance agricole peut contribuer à réduire cette vulnérabilité, mais seulement lorsqu’elle s’inscrit dans une approche plus large du financement et de la gestion des risques. Comme cela a été souligné dans les remarques liminaires, l’assurance devrait être associée au crédit, aux garanties, à l’assistance technique, à de meilleures données et à d’autres formes de soutien public.
Pourquoi l’assurance est essentielle pour les banques publiques de développement
L’assurance est importante pour les BPD parce qu’elle répond directement à l’un des principaux obstacles au financement agricole : l’incertitude. Dans l’agriculture, les risques sont souvent difficiles à prévoir et les données peuvent être limitées. En conséquence, les institutions financières peuvent adopter des hypothèses de crédit prudentes, réduire leur exposition à l’agriculture ou fixer des taux qui rendent les prêts moins accessibles aux petits exploitants.
Lorsqu’elle est conçue de manière appropriée, l’assurance peut contribuer au financement agricole de plusieurs façons. Elle peut renforcer la résilience des agriculteurs après un choc, réduire le risque de défaut pour les banques, faciliter l’accès au crédit, améliorer le profil de risque climatique des BPD et permettre des investissements agricoles à plus long terme. Elle peut également aider les agriculteurs à éviter des stratégies d’adaptation préjudiciables après un choc, comme la vente d’actifs productifs, la diminution de l’épargne ou l’augmentation de l’endettement.
Le webinaire a également mis en évidence le déficit de protection à plus grande échelle. Au cours des trois dernières décennies, les aléas climatiques ont causé des pertes agricoles estimées à 3 800 milliards USD, tandis que plus de la moitié de la planète est touchée par la sécheresse et que près de deux milliards de personnes sont exposées à des risques croissants d’inondations fréquentes et graves. En 2024, seulement 37 % des 417 milliards USD de pertes dues aux catastrophes naturelles dans le monde étaient assurées, et le déficit de couverture est plus important dans les économies émergentes et en développement.
Pour les BPD, la conclusion est claire : l’assurance n’est pas seulement un outil de protection des agriculteurs. C’est aussi un outil de gestion des risques de portefeuille, un outil d’inclusion financière et, potentiellement, un outil de financement climatique. Elle peut aider les prêteurs à distinguer le risque perçu du risque réel, renforcer la résilience des portefeuilles et favoriser des décisions de crédit agricole mieux éclairées.
De la théorie à la pratique : intégrer l’assurance au financement agricole
Rabo Partnerships a présenté les conclusions des travaux menés pour le FIDA dans le cadre de l’Écosystème financier inclusif pour la transformation des systèmes alimentaires (IFE-FST), axés sur la manière dont l’assurance peut être intégrée aux systèmes de financement agricole. La présentation a souligné que l’assurance peut favoriser l’inclusion financière en améliorant la solvabilité des agriculteurs, en réduisant le risque de défaut pour les banques, en servant d’alternative aux garanties traditionnelles et en aidant les agriculteurs à protéger leurs activités contre les pertes de production imprévues.
Cependant, la présentation a également souligné que le recours à l’assurance reste faible. Selon le diaporama de Rabo Partnerships, moins de 20 % des petits exploitants agricoles bénéficient d’une assurance agricole dans le monde, et moins de 10 % des banques publiques de développement proposent une assurance agricole. Les principaux obstacles recensés étaient le coût, l’éducation financière, les coûts élevés de la distribution du dernier kilomètre et l’intégration limitée de l’assurance dans des offres de produits plus larges, telles que les prêts, l’assistance technique et les subventions.
La principale leçon pour les BPD est que l’assurance ne devrait pas être proposée comme un complément distinct au crédit. Lorsque la prime d’assurance vient simplement s’ajouter au taux d’intérêt, le produit global peut devenir trop cher pour les agriculteurs et moins compétitif pour les banques. L’assurance devrait au contraire être intégrée à la conception des produits de financement agricole et soutenue par des services de conseil, des données et des mesures de réduction des risques.

Étude de cas : assurance du bétail au Bangladesh
Le cas du Bangladesh a montré comment l’assurance peut être intégrée avec succès à la microfinance. La Palli Karma-Sahayak Foundation (PKSF), en collaboration avec la Banque asiatique de développement et 40 institutions locales de microfinance, a mis au point un programme d’assurance du bétail lié à des prêts pour l’achat de bovins. Le produit associait un prêt pour l’achat d’une vache à une assurance du bétail, moyennant une prime de 0,7 %. Il couvrait la mortalité ordinaire ainsi que les pertes liées aux catastrophes naturelles et aux épidémies.
L’une des caractéristiques essentielles de ce modèle était l’association de l’assurance à des services de prévention et de conseil. Le programme comprenait la vaccination, des conseils en matière d’alimentation, des soins vétérinaires et une collaboration avec des organismes publics et des instituts de recherche. Il aurait ainsi fait passer le taux de mortalité des bovins de 5 à 10 % à 0,5 %. Cette diminution de la mortalité a réduit le risque sous-jacent, ouvrant la possibilité d’abaisser les primes d’assurance au fil du temps.
Cet exemple illustre un principe important : l’assurance est plus efficace lorsqu’elle s’accompagne de mesures de réduction des risques. Le produit ne se contentait pas de transférer le risque après un sinistre ; il contribuait à réduire en amont la probabilité qu’un sinistre survienne. Pour les BPD, cela signifie que l’assurance devrait être associée à l’assistance technique, aux services de vulgarisation, aux pratiques résilientes face au climat, aux services de santé animale ou à d’autres interventions qui réduisent l’exposition de l’emprunteur.

Diapositive sur l’assurance du bétail au Bangladesh. Modèle groupé : prêt + assurance + vaccination + services de conseil + assistance vétérinaire. Source : Rabo Partnership
Étude de cas : assurance paramétrique des cultures en Éthiopie
L’exemple de l’Éthiopie portait sur l’assurance agricole paramétrique et la collaboration au sein de l’écosystème. Le modèle associait le gouvernement éthiopien, CoopBank of Oromia, des assureurs comme Oromia Insurance et Nyala, ainsi que des intermédiaires tels que Pula et Agtuall. Le rôle du gouvernement consistait notamment à fournir une infrastructure de données et un soutien au paiement des primes, tandis que CoopBank associait l’assurance à des produits de prêt et à une assistance technique. Les assureurs et les intermédiaires proposaient une couverture paramétrique ou indicielle.
L’assurance paramétrique peut réduire les coûts opérationnels, car les indemnisations reposent sur des paramètres de déclenchement prédéfinis, tels que des indicateurs de pluviométrie, de chaleur ou de rendement à l’échelle d’une zone, plutôt que sur de longues évaluations individuelles des pertes. Elle peut ainsi apporter plus rapidement des liquidités aux agriculteurs après un choc et aider les institutions financières à réduire les taux de défaut et à renforcer la résilience de leurs portefeuilles.
Le cas éthiopien montre également l’importance de l’infrastructure de données. L’assurance paramétrique repose sur des données météorologiques, satellitaires, géographiques et d’identification des agriculteurs qui soient fiables. Elle exige aussi une collaboration entre les pouvoirs publics, les banques, les assureurs et les prestataires techniques. Pour les BPD, la leçon est que l’assurance paramétrique peut contribuer au déploiement à grande échelle de la protection agricole, mais seulement si les données, les partenariats institutionnels et la conception des produits sont suffisamment solides.

Exemple d’assurance paramétrique en Éthiopie. Source : Rabo Partnership
Assistance technique aux BPD : passer de la distribution à la co-conception
La Facilité de financement des risques et d’assurance du PNUD a présenté une approche d’assistance technique destinée aux BPD agricoles. Le message central était que les BPD ne devraient pas être considérées comme de simples canaux de distribution de produits d’assurance. Elles devraient plutôt participer activement à la co-conception de solutions d’assurance intégrées à la gestion du risque de crédit et adaptées à leurs portefeuilles.
Cela représente une évolution du marché. Dans le modèle traditionnel, l’institution financière distribue l’assurance et la prime s’ajoute au taux d’intérêt. Le produit final peut alors devenir trop coûteux pour les agriculteurs et moins compétitif pour les banques. Dans le modèle intégré, l’institution financière incorpore l’assurance à ses activités principales comme instrument d’atténuation du risque de crédit.
L’approche du PNUD a également mis l’accent sur la construction de modèles économiques viables tant pour les institutions financières que pour les assureurs. Les BPD peuvent offrir plusieurs avantages aux assureurs : le volume et la taille de leurs portefeuilles, leur connaissance du risque des emprunteurs, les données issues des systèmes de notation de crédit et de suivi, la diversification des risques entre chaînes de valeur et zones géographiques, ainsi que la capacité de transférer le risque résiduel après l’application de mesures de réduction des risques. Des subventions aux primes bien conçues peuvent aussi contribuer à accroître l’adoption et le déploiement à grande échelle, notamment lorsqu’elles sont alignées sur les objectifs climatiques et de développement.
Les composantes proposées de l’assistance technique comprenaient la création, au sein de l’institution financière, d’une équipe interne chargée des risques et de l’assurance, le renforcement des capacités de référents techniques, des analyses des risques climatiques permettant d’intégrer ceux-ci au risque de crédit, ainsi que la co-conception, avec les assureurs, de produits groupés de crédit et d’assurance.
Pour les BPD, cette approche indique que la première étape consiste à assurer la préparation de l’institution. Les banques ont besoin d’équipes internes qui maîtrisent le crédit, les risques, les systèmes numériques, les données sur leurs clients, la conception de produits et les partenariats avec les assureurs. Sans ces capacités, elles risquent de rester des distributrices passives de produits conçus à l’extérieur, plutôt que de contribuer activement à façonner des solutions adaptées à leurs clients et à leurs portefeuilles.

Source : Facilité de financement des risques et d’assurance du PNUD
Expérience nationale : Colombie, CNCA et FINAGRO
La session en espagnol a présenté l’expérience de la Colombie à travers la Comisión Nacional de Crédito Agropecuario (CNCA), en mettant l’accent sur les liens entre les politiques publiques, le crédit agricole, FINAGRO et l’assurance. Le cas de la Colombie est pertinent pour les autres BPD, car il montre comment l’assurance peut être intégrée à une architecture globale de politique publique plutôt que considérée comme un produit de marché autonome.
Le Système national de crédit agricole de la Colombie a été créé par la loi 16 de 1990 afin de définir la politique de crédit agricole et de coordonner l’utilisation des ressources financières destinées au secteur. La CNCA est l’organe directeur du financement agricole et de la gestion des risques, tandis que FINAGRO intervient en tant qu’institution financière de développement de second rang chargée de la conception technique et de la structuration des instruments.
La présentation colombienne a souligné l’articulation entre trois niveaux : le niveau stratégique, dirigé par la CNCA à travers les orientations politiques et les conditions financières ; le niveau tactique, auquel FINAGRO conçoit et structure les instruments ; et le niveau opérationnel, auquel les banques, les coopératives et les assureurs mettent directement en œuvre des programmes de crédit et d’assurance auprès des producteurs agricoles.
L’un des principaux messages de la Colombie était que le financement et la gestion des risques ne peuvent pas être traités séparément. Les producteurs ont besoin de financements pour mettre en œuvre leurs projets agricoles, et l’assurance prend tout son sens lorsqu’elle est intégrée à cet ensemble financier plus large. Le représentant de la CNCA a souligné la nécessité d’une politique intégrée de gestion des risques associant crédit, garanties, incitations, assurance, assistance technique et transfert de connaissances.
L’expérience de la Colombie avec l’Incentivo al Seguro Agropecuario illustre également le rôle des subventions publiques dans la création d’un marché. Par l’intermédiaire de FINAGRO et du Fonds national pour les risques agricoles, le gouvernement subventionne une partie des primes d’assurance agricole. En plus de dix ans, ce dispositif a contribué à faire passer le marché de moins de deux assureurs à plus de onze assureurs proposant des produits d’assurance agricole, et près de 100 000 bénéficiaires en profitent chaque année.
Les résultats de l’évaluation présentés pendant la session ont révélé des effets positifs, notamment un ratio avantages-coûts sociaux de 3,48, une mesure estimée du bien-être de 12,15 par rapport à un transfert direct et des économies budgétaires estimées à 10,7 % par rapport à une intervention d’urgence directe. La présentation a toutefois également relevé d’importantes limites : la branche de l’assurance agricole ne représente que 0,2 % de l’ensemble du secteur colombien de l’assurance, le marché actuel dépend fortement de l’incitation à l’assurance et de sa conception, et seulement 3 à 4 % environ des surfaces cultivées sont assurées.
Le cas colombien offre donc un enseignement nuancé. Les subventions publiques et la coordination institutionnelle peuvent contribuer à créer un marché de l’assurance agricole, mais le prochain défi consiste à développer ce marché de manière durable. Cela exige d’améliorer la conception des produits et leur ciblage, de renforcer l’éducation financière, de réduire le risque de base des produits paramétriques, de mieux adapter les produits aux territoires et aux chaînes de valeur, et de renforcer la coordination entre les acteurs.

Défis liés au développement du marché de l’assurance. Source : CNCA
Principaux enseignements pour les banques publiques de développement
- L’assurance doit être intégrée au financement et non considérée comme un simple complément
L’événement a souligné à plusieurs reprises que l’assurance est particulièrement utile lorsqu’elle est intégrée aux produits de crédit agricole et aux systèmes de gestion des risques. Un produit d’assurance distinct vendu parallèlement à un prêt peut augmenter les coûts et freiner son adoption. À l’inverse, une assurance intégrée peut renforcer la résilience du portefeuille, réduire le risque de défaut et rendre le produit financier global plus pertinent pour les agriculteurs.
- L’assurance doit être associée à des mesures de réduction des risques
Le cas du Bangladesh a montré que l’assurance peut être plus abordable et plus efficace lorsqu’elle est associée à des services préventifs. La vaccination, l’assistance vétérinaire, la formation, les services de conseil et l’assistance technique ont réduit le risque réel de mortalité, rendant le produit d’assurance plus durable. Pour le financement des cultures, des principes similaires peuvent s’appliquer à travers l’agriculture intelligente face au climat, l’amélioration des semences, l’irrigation, le stockage, la vulgarisation agricole ou d’autres investissements réduisant les risques.
- Les BPD peuvent s’appuyer sur leurs portefeuilles pour créer des marchés viables
Les BPD peuvent offrir aux assureurs une taille critique, des données sur les emprunteurs, une diversification géographique, une couverture des chaînes de valeur et des liens avec les politiques publiques. Elles peuvent ainsi jouer un rôle plus important que celui de simple canal de distribution. Les BPD peuvent aider les assureurs à comprendre la demande, à tarifer les risques avec davantage de précision et à concevoir des produits répondant aux besoins réels des portefeuilles.
- L’infrastructure de données est essentielle
Les données sont au cœur de la conception, de la tarification, du ciblage et du suivi des produits, ainsi que de la gestion des sinistres. L’assurance paramétrique, en particulier, repose sur des données fiables concernant le climat, les satellites, la localisation des agriculteurs, les rendements et l’identification. Les BPD peuvent jouer un rôle important dans l’amélioration des systèmes de données, le partage d’informations à l’échelle des portefeuilles et la collaboration avec les gouvernements et les partenaires techniques afin de renforcer l’écosystème de l’assurance.
- Les subventions peuvent favoriser l’adoption, mais elles doivent être intelligentes et transitoires
Les subventions aux primes peuvent contribuer à surmonter les obstacles liés au coût et stimuler la création d’un marché. L’événement a toutefois souligné que les subventions ne devraient pas constituer l’unique fondement du marché. Elles devraient être conçues pour favoriser le changement d’échelle, promouvoir la réduction des risques, soutenir les groupes vulnérables et diminuer progressivement à mesure que les produits gagnent en efficacité et que les risques sont mieux gérés.
- L’éducation financière et la confiance sont indispensables
Le manque de sensibilisation, la faible compréhension de l’assurance, le manque de confiance et la mauvaise compréhension des indemnisations restent des obstacles majeurs. Les agriculteurs doivent comprendre ce qui est couvert ou non, comment les primes sont calculées et dans quelles circonstances les indemnisations sont versées. Cela est particulièrement important pour les produits paramétriques, dont les indemnisations dépendent de paramètres de déclenchement plutôt que des pertes individuelles observées.
- La coordination institutionnelle est déterminante pour la réussite
L’assurance agricole exige une collaboration entre les BPD, les gouvernements, les assureurs, les réassureurs, les prestataires d’assistance technique, les fournisseurs de données, les organisations d’agriculteurs et les intermédiaires. L’expérience de la Colombie montre l’importance d’une définition claire des rôles respectifs des organes chargés des politiques publiques, des institutions de financement du développement, des intermédiaires opérationnels et des assureurs.

Source : CNCA
Recommandations
Dans un premier temps, les BPD devraient évaluer leur capacité à intégrer l’assurance au financement agricole. Cela suppose d’évaluer l’exposition de leur portefeuille agricole aux risques climatiques et de production, de repérer les possibilités d’associer l’assurance aux produits de prêt existants, de recenser les partenaires potentiels dans les domaines de l’assurance et de la réassurance, et d’évaluer la disponibilité des données nécessaires à la mise en place de produits d’assurance indicielle ou paramétrique.
Les BPD devraient envisager l’assurance agricole comme un élément d’une transition plus large, consistant à passer d’une réponse réactive aux risques à une gestion proactive de ceux-ci. Il s’agit de remplacer l’indemnisation après les catastrophes par des systèmes intégrés qui aident les agriculteurs à réduire les risques, à accéder au financement, à investir avec confiance et à se rétablir plus rapidement lorsque des chocs surviennent.
Sur le plan institutionnel, les BPD devraient renforcer leurs capacités internes à comprendre l’assurance, les risques climatiques et l’exposition de leurs portefeuilles. Elles devraient créer des équipes transversales capables de travailler avec les assureurs, les gouvernements et les partenaires techniques. Cela est particulièrement important, car la conception, la tarification, le ciblage et le suivi des produits nécessitent les connaissances de plusieurs services.
Au niveau des produits, les BPD devraient privilégier des solutions groupées qui associent crédit, assurance et services. Les exemples du Bangladesh et de l’Éthiopie montrent que les modèles groupés peuvent réduire les risques, favoriser l’adoption et apporter davantage de valeur aux agriculteurs et aux prêteurs. La simplicité des produits reste toutefois essentielle, en particulier pour les petits exploitants qui ont encore peu d’expérience en matière d’assurance.
À l’échelle de l’écosystème, les BPD devraient s’appuyer sur leur mandat et leur position sur le marché pour réunir les acteurs. Les gouvernements peuvent fournir l’infrastructure de données et des subventions intelligentes ; les assureurs peuvent apporter leurs capacités de souscription ; les partenaires techniques peuvent contribuer à la conception des produits et à l’analyse des risques ; et les BPD peuvent agréger la demande et relier les solutions au financement agricole.
Au niveau des politiques publiques, le cas de la Colombie montre que les incitations publiques peuvent contribuer à créer des marchés, mais qu’un développement durable exige de porter une attention plus large à la qualité des produits, au risque de base, à la profondeur du marché, à la culture de l’assurance, aux systèmes d’information et à la coordination. Les subventions devraient être liées à des objectifs politiques clairs et évaluées en fonction de leurs résultats.
Conclusion
L’événement d’apprentissage a montré que l’assurance agricole n’est pas une solution miracle, mais qu’elle constitue un élément essentiel d’un système de financement agricole plus résilient. Pour les agriculteurs, l’assurance peut offrir une protection après un choc et renforcer leur confiance pour investir. Pour les BPD, elle peut réduire l’incertitude, accroître la résilience des portefeuilles, augmenter la capacité de prêt et renforcer leur contribution à l’inclusion financière en milieu rural.
Le principal enseignement est que l’assurance devrait être intégrée au financement agricole plutôt que considérée comme un produit distinct. Lorsqu’elle est associée au crédit, aux garanties, aux données, à l’assistance technique, à la réduction des risques et au soutien public, l’assurance peut aider les BPD à passer de l’évitement des risques à leur gestion. Cette évolution est essentielle pour élargir l’accès au financement, soutenir les petits exploitants agricoles et construire des systèmes agricoles plus résilients face au climat.
Le webinaire propose donc aux BPD un programme d’action concret : comprendre les risques de leurs portefeuilles, renforcer leurs capacités internes, co-concevoir des solutions avec les assureurs, exploiter les données de manière stratégique, intégrer l’assurance aux produits de crédit et collaborer avec les gouvernements afin de créer des conditions propices au changement d’échelle. Ce faisant, les BPD peuvent jouer un rôle central dans la transformation de l’assurance agricole, pour qu’elle passe d’un produit de protection limité à un instrument stratégique au service d’un financement agricole inclusif et résilient.
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