Faire progresser l’agroécologie : une première journée d’apprentissage et de collaboration à Rabat
En direct de Rabat, nous avons le plaisir de partager les temps forts de la journée d’ouverture de la formation sur l’agroécologie, organisée au Palais des Congrès Bouregreg.
L’événement a réuni des banques publiques de développement (BPD) du Bénin, du Mali, du Sénégal, du Burundi, du Togo et du Maroc, marquant ainsi le lancement prometteur d’un parcours d’apprentissage collaboratif consacré à la transformation des systèmes agricoles.

Poser les bases de la transformation
La journée a débuté par les remarques d’ouverture de Thierry Latreille, qui a souligné le rôle central que jouent les banques publiques de développement (BPD) dans l’avancement de la transition agroécologique en Afrique.
Il a rappelé que cette formation représente bien plus qu’une simple opportunité d’apprentissage : elle marque un passage décisif de l’échange de connaissances à l’action concrète. En dotant les BPD d’outils pratiques, cette initiative vise à aider les institutions à intégrer la durabilité et la résilience au cœur de leurs stratégies de financement.
Tout au long de son intervention, il a été rappelé aux participants que le passage à l’échelle de l’agroécologie exige une approche structurée et stratégique. Cela implique notamment l’élaboration de cadres internes « verts » alignés sur les priorités nationales, le renforcement du dialogue avec les gouvernements et les principales parties prenantes, ainsi que la mobilisation de partenaires financiers et techniques adaptés.
Il a conclu par un appel clair à l’action, encourageant les participants à rester pleinement engagés — non seulement pendant la formation, mais aussi au-delà. En lançant le dialogue, en exprimant clairement leurs besoins de financement et en tirant parti des partenariats, les BPD peuvent jouer un rôle moteur dans la transformation de l’ambition agroécologique en impacts concrets et durables.
Le premier module, animé par Amine Zarroug, a mis en lumière le rôle essentiel des BPD — en particulier celles dédiées à l’agriculture — dans la transition vers des systèmes alimentaires durables, résilients et inclusifs.
Dans de nombreuses zones rurales où l’investissement privé demeure limité, ces institutions jouent un rôle crucial pour combler les déficits de financement. En soutenant les petits exploitants agricoles et les secteurs vulnérables, les BPD contribuent à orienter les investissements vers des priorités publiques clés, telles que l’action climatique, la sécurité alimentaire et le développement rural. Dans le même temps, elles favorisent les pratiques agroécologiques tout en réduisant les risques financiers.
Partager l’expérience concrète : le cas du CAM
En complément du premier module, le Crédit Agricole du Maroc (CAM) a partagé sa vaste expérience avec les institutions participantes, en mettant en évidence l’évolution de son mandat au fil du temps, les principales sources de financement du secteur agricole, ainsi que l’éventail d’outils et de produits financiers qu’il a développés pour accompagner les agriculteurs, tout en présentant sa contribution croissante à l’action climatique et à la promotion de systèmes alimentaires durables.

Repenser les systèmes alimentaires : pourquoi l’agroécologie est essentielle
Après la pause-café, Jean-Christophe Duchier a animé le deuxième module, proposant un diagnostic éclairant des systèmes alimentaires mondiaux actuels.
Malgré les gains de productivité issus de la Révolution verte, la faim persiste dans le monde. Dans le même temps, les systèmes alimentaires mondiaux génèrent chaque année des coûts cachés dépassant 10 000 milliards de dollars — des coûts qui sont, en fin de compte, supportés par les communautés et les générations futures. Ce constat souligne l’urgence d’un nouveau modèle.
L’agroécologie s’est imposée comme une solution centrale — non pas comme une option, mais comme une nécessité. Elle permet d’obtenir des rendements comparables tout en réduisant les coûts de production, en préservant les ressources naturelles telles que l’eau, les sols et l’air, et en renforçant la cohésion sociale. Loin de constituer un retour au passé, l’agroécologie représente une réponse moderne, systémique et participative aux défis du XXIe siècle.
Pour les institutions financières, investir dans l’agroécologie constitue également une stratégie de réduction des risques. La stabilité et la résilience à long terme en font un investissement solide et tourné vers l’avenir, pleinement aligné avec la mission des banques publiques de développement.

Renforcer la prise de décision grâce à l’évaluation agroécologique
Le dernier module, présenté par Olivier Pierrard, était consacré à l’évaluation des transitions agroécologiques afin d’appuyer une meilleure prise de décision et un financement durable.
Un message clé s’en est dégagé clairement : l’agroécologie n’est pas une contrainte — elle constitue une porte d’entrée vers la finance verte. Les institutions financières internationales, telles que le Fonds international de développement agricole (FIDA), l’Agence française de développement (AFD) et le Fonds vert pour le climat, orientent de plus en plus leurs ressources vers des portefeuilles agricoles durables et dûment documentés.
Les banques publiques agricoles capables de démontrer leur alignement avec les principes agroécologiques seront les mieux placées pour accéder à ces opportunités de financement.
La session a également souligné que financer l’agriculture de demain commence par une meilleure évaluation aujourd’hui. Les outils traditionnels d’évaluation du crédit négligent souvent les risques environnementaux et climatiques. En adoptant des cadres reconnus à l’échelle internationale, tels que TAPE (FAO) et B-ACT (Biovision), les banques peuvent :
- Mieux évaluer les transitions agroécologiques
- Identifier les risques en amont des décisions de financement
- Renforcer la résilience et l’alignement avec les normes ESG
En définitive, un portefeuille agricole résilient commence par une évaluation rigoureuse. Les projets qui intègrent des pratiques agroécologiques — telles que la diversification, la réduction des intrants chimiques et la conservation des sols — démontrent une résilience nettement accrue face aux chocs climatiques, à la volatilité des prix des intrants et à l’évolution des exigences réglementaires.

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