Actualités Le « Monthly Talks » de ILSA explore le rôle des banques publiques de développement dans le soutien à la transition agroécologique
Agroécologie

Le « Monthly Talks » de ILSA explore le rôle des banques publiques de développement dans le soutien à la transition agroécologique

Cet article vous présente les principales conclusions tirées lors de la conférence mensuelle de l’ILSA consacrée à la transition agroécologique et explique comment les banques publiques de développement, grâce à une action coordonnée et à des outils pratiques, peuvent jouer un rôle décisif pour rendre cette transition financièrement viable et opérationnelle à grande échelle. Du point de vue des praticiens, les représentants des banques publiques de développement (BPD) Crédit Agricole du Maroc (CAM) et NABARD ont présenté des exemples concrets de la manière dont leurs institutions font progresser le financement agricole durable grâce à des approches intégrées. Le CAM a présenté sa Fondation pour le développement durable, qui promeut une agriculture résiliente au changement climatique et génératrice de revenus, tandis que la NABARD a mis en avant le programme agroécologique JIVA, centré sur les agriculteurs, qui s’articule autour de cinq objectifs : la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la résilience au changement climatique, la préservation de l’environnement, la croissance économique et la sécurité sanitaire des aliments. Lisez notre article complet ci-dessous pour en savoir plus sur les initiatives développées par les BPD au Maroc et en Inde, les principaux défis identifiés, notamment le risque élevé de transition et les chocs liés au climat, et les opportunités à venir, telles que l’utilisation d’outils de notation et de suivi.

Monthly Talks de ILSA sur l’agroécologie

Le rôle des banques publiques de développement dans le soutien à la transition agroécologique

5 février 2026 | Rome, Italie

 

Introduction

Le 5 février, le programme « Investir dans la résilience des moyens de subsistance et la santé des sols » (ILSA) de la Commission européenne a invité des représentants de la plateforme Agri-PDB, du CAM Maroc et du NABARD Inde à participer à ses discussions mensuelles consacrées à la transition agroécologique. Cette session a réuni des institutions publiques de financement du développement, des partenaires techniques et des praticiens de l’agroécologie afin d’explorer comment les banques publiques de développement (BPD) peuvent accélérer la transition vers des systèmes alimentaires durables et inclusifs. Dans son discours d’ouverture, Marion Michaud, analyste politique à la DG INTPA, a souligné l’importance stratégique des BPD en tant qu’institutions soutenues par les gouvernements et alignées sur les objectifs des politiques publiques, en particulier dans un contexte où les progrès vers la transformation agroécologique restent trop lents par rapport à l’urgence des défis climatiques et de biodiversité.

Renforcement des capacités des banques de développement pour l’agroécologie

Depuis 2023, dans le cadre de sa collaboration avec l’ISLA, la plateforme Agri-PDB a créé un groupe de travail sur l’agroécologie qui n’a cessé d’élargir son engagement, de présenter les bonnes pratiques en Afrique, en Asie et en Amérique latine, et d’introduire des outils pratiques en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la Fondation Biovision et la Coalition pour l’agroécologie.

Des outils tels que TAPE, B-ACT et l’outil de suivi du financement de l’agroécologie aident les banques à intégrer des critères agroécologiques dans leurs opérations, leurs systèmes de suivi et leurs cadres de reporting. Des formations ont déjà été dispensées aux banques de développement publiques au Sénégal, en Colombie, au Lesotho, au Bénin, au Maroc, au Mali, en Afrique du Sud et en Chine.

Expériences BPD – CAM et NABARD

Crédit Agricole du Maroc

Nihal Bounaim, chef de projet au Crédit Agricole du Maroc, a présenté l’approche intégrée de la BPD en matière de financement agricole durable. Avec plus de 1,85 million de clients, la banque combine des services bancaires universels avec une expertise agricole et opère dans le cadre de la feuille de route du Maroc en matière de finance durable.

Par l’intermédiaire de sa Fondation pour le développement durable, la banque promeut une agriculture résiliente au changement climatique et génératrice de revenus, en s’appuyant sur quatre piliers :

  • Conservation de l’eau d’irrigation
  • Efficacité énergétique et énergies renouvelables
  • Agroécologie et agriculture biologique avec des chaînes d’approvisionnement courtes
  • Valorisation des déchets agricoles

La Fondation a notamment introduit le premier système de garantie participative (SGP) du Maroc pour l’agroécologie, développé le produit de financement BIOFILAHA et aidé plus de 30 exploitations agricoles à obtenir le label SPG Agroécologie Maroc. Des exploitations agricoles pilotes ont contribué à adapter la méthodologie de durabilité IDEA au contexte marocain et ont produit une grille de 18 indicateurs permettant aux agriculteurs d’évaluer leurs performances agro-environnementales, socio-territoriales et économiques.

La banque a également développé un écosystème inclusif, comprenant des branches de microfinance, de mésofinance, de crédit-bail, d’affacturage et de banque participative, afin de garantir l’accès aux petits agriculteurs et aux agriculteurs sans terre.

Banque nationale pour l’agriculture et le développement rural (NABARD)

Le Dr A. V. Bhavani Shankar, directeur général de la NABARD, a fourni des détails sur le programme agroécologique JIVA axé sur les agriculteurs. Créée en 1982, la NABARD est la plus grande institution financière de développement en Inde qui soutient le développement rural.

Le programme JIVA se concentre sur cinq objectifs : la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la résilience climatique, la conservation de l’environnement, la croissance économique et la sécurité alimentaire. Ses principales caractéristiques sont les suivantes :

  • Modèles de vulgarisation dirigés par les agriculteurs ;
  • Diversification des cultures et régénération des sols ;
  • Systèmes d’élevage intégrés ;
  • Centres de production d’intrants biologiques ;
  • Accès au marché et structures de commercialisation collective.

Couvrant actuellement 40 projets sur 25 000 à 30 000 hectares, JIVA prévoit de passer à 200 à 300 projets à l’échelle nationale. Le suivi est assuré par un portail web dédié et une application mobile, qui facilitent le suivi des données et l’apprentissage entre pairs. Les échanges internationaux, tels que les visites entre pairs organisées au Malawi par la plateforme Agri-PDB, ont renforcé la collaboration Sud-Sud.

Principaux défis identifiés

Au cours des discussions, plusieurs obstacles structurels au financement agroécologique ont été mis en évidence :

  • Investissements publics insuffisants pendant la période de transition de 5 à 10 ans ;
  • Risque de transition élevé et chocs liés au climat ;
  • Charges administratives et exigences en matière de garanties ;
  • Calendriers de remboursement rigides ;
  • Faiblesse des systèmes de garantie agricole ;
  • Liens commerciaux limités pour les produits agroécologiques.

Les intervenants ont souligné que les BPD sont censées assumer des risques plus importants que les prêteurs privés et peuvent recourir à des financements mixtes, des régimes d’assurance, des structures de prêt flexibles et des modèles de financement collectif pour atténuer les risques. En Inde, par exemple, les prêts à court terme sont structurés sur un an afin d’offrir une certaine souplesse de remboursement, tandis que les prêts à long terme intègrent des périodes de grâce pour faciliter la transition.

Le financement des collectifs d’agriculteurs plutôt que des individus est également apparu comme un mécanisme efficace de partage des risques.

Points forts de la séance de questions-réponses

Les participants ont soulevé des questions importantes concernant les risques climatiques, les garanties et l’application des outils :

  • Réduction des risques liés aux phénomènes climatiques extrêmes : les régimes d’assurance, les modèles de financement collectif et les calendriers de remboursement flexibles ont été identifiés comme des mécanismes clés.
  • Utilisation d’outils de notation et de suivi : les plateformes actuelles servent principalement de systèmes d’information ; leur intégration aux systèmes bancaires centraux nécessiterait le développement d’API pour les fonctionnalités transactionnelles.
  • Public cible pour la formation : le renforcement des capacités se concentre principalement sur les chefs de projet et le personnel opérationnel plutôt que sur les cadres supérieurs.
  • Exigences en matière de garanties : les modèles inclusifs visent à atteindre les agriculteurs qui ne sont pas traditionnellement bancables ; cependant, les systèmes de garantie agricole restent sous-développés dans de nombreux pays.
  • Partage des connaissances : la NABARD prévoit de rendre son référentiel de connaissances JIVA accessible au public dans les prochains mois.

La session a également fait référence à un rapport exploratoire examinant l’engagement des banques de développement publiques en faveur de l’agroécologie, soulignant la nécessité de réévaluer les cadres de risque afin de tenir compte des externalités environnementales et socio-économiques à long terme de l’agriculture conventionnelle, tout en reconnaissant les avantages des systèmes agroécologiques en matière de durabilité.

Perspectives d’avenir

Après trois ans de travail préparatoire, la plateforme Agri-BPD passe du dialogue et des initiatives pilotes à l’intégration systématique de l’agroécologie dans les portefeuilles, les pipelines et les systèmes de suivi des banques de développement publiques. La feuille de route pour 2026 donne la priorité à la mise à l’échelle de formations structurées, à l’intégration d’outils d’évaluation des performances, au renforcement des échanges entre pairs et au soutien à la mise en œuvre au niveau national.

La discussion s’est conclue par une reconnaissance commune : l’agroécologie n’est plus un concept de niche, mais une voie scientifique et financièrement pertinente pour relever les défis liés au climat, à la biodiversité et aux systèmes alimentaires. Grâce à une action coordonnée et à des outils pratiques, les banques publiques de développement peuvent jouer un rôle décisif pour rendre cette transition financièrement viable et opérationnelle à grande échelle.

Pour consulter les présentations, veuillez cliquer ici.

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