Du diagnostic au déploiement : soutenir une finance agricole plus verte au Mali

Juin 2024 et avril 2025 | Bamako, Mali

Deux missions à Bamako illustrent la manière dont la Plateforme Agri-PDB transforme le dialogue institutionnel en appui pratique. La première, en juin 2024, a travaillé avec la Banque Nationale de Développement Agricole du Mali (BNDA) afin de recenser les capacités, les outils et les partenariats nécessaires au financement de l’agroécologie et d’une agriculture résiliente face au climat. La seconde, en avril 2025, a poursuivi ce programme par la coordination des parties prenantes, des orientations opérationnelles et la démonstration d’outils numériques de crédit agricole.

Ensemble, ces missions marquent le passage d’une évaluation des besoins à une trajectoire de mise en œuvre concrète dans le cadre du programme ILSA financé par l’Union européenne.

Mission 2024 : écouter l’ensemble de la banque

La première mission a associé plusieurs fonctions de la BNDA : développement commercial, banque de détail, stratégie, études, risques et responsabilité sociale. Elle a aussi ouvert un dialogue avec le bureau pays du FIDA, la délégation de l’Union européenne et les partenaires actifs dans le financement agricole et vert.

Les besoins recensés étaient les suivants :

  • Outils techniques pour l’analyse du crédit agricole et la prise de décision.
  • Meilleure gestion numérique des demandes de financement et des informations de portefeuille.
  • Connaissance renforcée des caractéristiques techniques et économiques des principales chaînes de valeur agricoles.
  • Procédures adaptées à l’agroécologie et à l’agriculture intelligente face au climat.
  • Amélioration du suivi, de l’évaluation et de la communication des impacts.
  • Appui à la mobilisation de ressources vertes et à la préparation au financement climatique.
  • Échanges avec d’autres banques agricoles de développement de la région.

Les chaînes de valeur prioritaires comprenaient le riz, le maïs, le mil et le sorgho, le maraîchage et l’élevage. Les participants ont aussi examiné le financement d’entreprises fournissant amendements organiques, aliments pour animaux et autres solutions favorisant des pratiques durables.

Atteindre les producteurs grâce à un écosystème financier plus solide

La BNDA travaille avec des associations villageoises, des coopératives, des microentreprises et des institutions financières décentralisées pour étendre le financement au-delà de sa clientèle classique. La mission a montré l’intérêt de renforcer ces relations afin d’atteindre plus efficacement les petits producteurs.

Des contraintes structurelles subsistent : manque de données agricoles sur les zones de production, les opérateurs et la performance des chaînes de valeur, ainsi que des exigences de garanties qui limitent l’accès des agriculteurs. Lignes de crédit vertes, mécanismes de garantie, organisations d’appui aux producteurs et demandes de financement mieux préparées peuvent se renforcer mutuellement.

La mission a également relevé la nécessité d’intégrer le climat à l’offre commerciale et à la gestion des risques de la banque, grâce à une notation du risque climatique, à l’analyse des expositions et à des outils permettant au personnel et aux clients de comprendre l’effet du changement climatique sur les investissements agricoles.

Mission 2025 : passer à des outils pratiques

La mission de suivi d’avril 2025 s’est appuyée directement sur le diagnostic de 2024. La Plateforme a participé à l’atelier national de validation du manuel d’opérations IGREENFIN et réuni les partenaires afin de coordonner leur appui à la BNDA.

La présentation d’outils numériques destinés à améliorer la préparation des projets et l’évaluation du crédit a occupé une place centrale. Ces outils peuvent modéliser les besoins de financement, les scénarios d’irrigation et de culture, les besoins en fonds de roulement, les flux de trésorerie et la rentabilité. Une approche de notation proposée associe des dimensions techniques, financières, environnementales et sociales.

Les participants ont reconnu le potentiel de ces outils, tout en soulignant que leur adoption exigera des formations, un appui technique, une responsabilité interne clairement définie et un alignement sur les procédures existantes de la BNDA.

La coordination fait partie de la solution

Le financement agricole ne dépend pas de la seule banque. Ministères, organisations de producteurs, chambres d’agriculture, interprofessions, projets techniques et partenaires de développement fournissent données, formations, préparation de projets ou ressources financières.

Les missions ont donc placé la coordination au même niveau que la technologie et la formation. Les parties prenantes ont convenu de clarifier les rôles, de mettre en place un mécanisme régulier de concertation et de renforcer les liens entre la BNDA, les projets agricoles et les institutions d’appui aux producteurs.

Prochaines étapes proposées

  • Finaliser une grille de notation du crédit intégrant des critères agroécologiques, sous réserve de validation par la BNDA.
  • Organiser des formations ciblées à l’agroécologie pour les cadres et les équipes opérationnelles.
  • Intégrer les risques climatiques et, le cas échéant, les produits forestiers non ligneux aux modèles d’analyse des projets.
  • Clarifier les rôles de la BNDA, des projets agricoles et des chambres d’agriculture dans l’appui technique.
  • Mettre en place un espace régulier de concertation entre partenaires.
  • Étudier un déploiement pilote de l’outil numérique dans certaines régions, sous réserve des validations techniques et managériales.
  • Renforcer le suivi après financement, notamment les liens avec l’assurance agricole et la mesure de l’impact.

Un partenariat inscrit dans la durée

La BNDA est un membre fondateur et actif de la Plateforme Agri-PDB. Le travail mené au Mali montre la valeur d’un partenariat de long terme associant connaissance institutionnelle, expertise technique et apprentissage régional entre pairs.

La suite est résolument pratique : adapter les outils à la réalité de la banque, développer les compétences nécessaires, coordonner les institutions qui soutiennent les producteurs et tester l’approche avant son déploiement à plus grande échelle. Ces étapes peuvent aider la BNDA à mobiliser des ressources plus vertes, améliorer ses décisions de crédit agricole et élargir le financement des entreprises et producteurs contribuant à la transition agroécologique du Mali.