Renforcer la finance rurale pour des systèmes alimentaires plus verts et plus inclusifs au Mozambique

6–9 juillet 2026 | Maputo, Mozambique

La Plateforme Agri-PDB a mené une mission de quatre jours au Mozambique dans le cadre du programme ILSA financé par l’Union européenne. La mission a réuni des institutions publiques, des acteurs du financement du développement, des banques commerciales, des institutions de microfinance et des partenaires de développement afin d’étudier comment le financement peut mieux servir les petits exploitants, les entreprises rurales et les organisations communautaires.

Les consultations ont fait apparaître une forte convergence des priorités dans l’écosystème national de la finance rurale. Les institutions recherchent un appui pratique en agroécologie, finance climatique et durable, gestion des risques, transformation numérique et conception de produits financiers adaptés à la clientèle rurale. Ce programme commun permet de passer d’appuis institutionnels isolés à une action coordonnée à l’échelle de l’écosystème.

La mission en bref

  • Cartographier les principaux acteurs, produits et mécanismes d’appui du financement agricole et rural au Mozambique.
  • Repérer les possibilités d’aligner les services de la Plateforme sur les priorités nationales, les opérations du FIDA et les initiatives des partenaires.
  • Évaluer la demande d’assistance technique, de formation, d’apprentissage entre pairs et d’échange de connaissances.
  • Élaborer un premier portefeuille de collaborations pour renforcer un financement agroalimentaire inclusif, résilient et durable.

Pourquoi la finance rurale est importante au Mozambique

L’agriculture est au cœur des moyens d’existence et de l’économie nationale. Environ 65 % de la population vit en zone rurale, et l’agriculture représente une part importante des revenus des ménages et de l’emploi. Pourtant, producteurs et entreprises rurales restent très exposés aux phénomènes météorologiques extrêmes, à une faible productivité, à des infrastructures insuffisantes et à un accès limité aux marchés et aux financements.

Pour les institutions financières, servir les clients ruraux reste difficile : coûts de transaction élevés, populations dispersées et perception des risques agricoles rendent souvent les marchés urbains plus attractifs. Les parties prenantes ont aussi souligné la faiblesse de la numérisation, le manque de produits adaptés aux cycles agricoles, les lacunes de capacités et la nécessité d’une meilleure gestion des risques climatiques.

Les services financiers numériques et les plateformes mobiles peuvent néanmoins élargir l’accès des communautés mal desservies. Les structures financières communautaires, notamment les associations d’épargne et de crédit, peuvent également relier les ménages ruraux au système financier formel lorsqu’elles reposent sur une bonne gouvernance, une réglementation adaptée et des intermédiaires compétents.

Un écosystème particulier de financement du développement

Le Mozambique met en place une banque publique de développement, mais son architecture actuelle de finance rurale rassemble déjà de nombreux acteurs autour du gestionnaire du fonds faîtier. Ce mécanisme national de refinancement achemine les ressources publiques et celles des partenaires vers les bénéficiaires ruraux par l’intermédiaire d’institutions financières participantes.

Le Fonds d’appui à la réhabilitation économique (FARE) gère et supervise ce dispositif pour le compte de l’État. Moza Banco administre les lignes de crédit et travaille avec les intermédiaires financiers, tandis que Gapi-SI combine financement, garanties, assistance technique et renforcement des capacités au profit des entreprises rurales et des communautés mal desservies. Les institutions de microfinance et les organisations communautaires assurent une connexion essentielle au dernier kilomètre.

La mission a confirmé que ces acteurs remplissent de nombreuses fonctions propres au financement agricole du développement : refinancement, partage des risques, présence rurale, renforcement institutionnel et appui à des populations que la finance conventionnelle atteint difficilement.

Les priorités relevées par les parties prenantes

  • Agroécologie et chaînes de valeur durables : définir des critères, des taxonomies pratiques et des portefeuilles investissables afin de traduire l’ambition agroécologique en activités finançables.
  • Finance climatique et verte : disposer d’outils pour identifier les risques climatiques, évaluer les investissements verts et intégrer l’environnement aux décisions de prêt et d’investissement.
  • Gestion des risques : renforcer les cadres de risque, les systèmes d’alerte précoce et les échanges entre pairs face aux sécheresses, inondations et pressions macroéconomiques.
  • Transformation numérique : améliorer les données, réduire les coûts et étendre la couverture rurale, tout en renforçant les systèmes, les compétences du personnel et la culture numérique des clients.
  • Inclusion financière : proposer des produits adaptés aux petits exploitants, aux micro, petites et moyennes entreprises rurales, aux femmes, aux jeunes et aux organisations financières communautaires.
  • Capacités institutionnelles et apprentissage entre pairs : développer les formations, l’appui technique et les échanges avec des institutions confrontées à des difficultés comparables.

Construire des partenariats pour produire un impact

La Plateforme a échangé avec le FARE, le Fonds de promotion agricole et de vulgarisation rurale, Gapi-SI, Moza Banco, l’Association mozambicaine des opérateurs de microfinance, Microbanco Confiança et Futuro Microbanco. Les discussions ont également associé la délégation de l’Union européenne, l’Agence française de développement, le Foreign, Commonwealth and Development Office du Royaume-Uni, l’UNICEF et le bureau pays du FIDA.

Ces échanges ont mis en évidence des complémentarités entre priorités nationales, programmes de développement en cours et offre de renforcement des capacités et de partage des connaissances de la Plateforme.

Perspectives : une approche à l’échelle de l’écosystème

La mission a produit un premier portefeuille d’activités communes : formations en agroécologie et finance climatique, échanges entre pairs sur le refinancement et la présence rurale, renforcement des outils de gestion des risques climatiques, appui aux portefeuilles d’investissements verts et partage de connaissances sur la finance numérique et communautaire.

Le principal enseignement est que de nombreuses institutions affrontent les mêmes obstacles. Des activités coordonnées peuvent donc avoir un impact plus large qu’une série d’interventions isolées. En collaboration avec le bureau pays du FIDA et les partenaires nationaux et internationaux, la Plateforme aidera à hiérarchiser les actions compatibles avec son mandat, ses capacités techniques et les ressources disponibles.

Cette mission a posé les bases d’un partenariat structuré avec l’écosystème mozambicain de la finance rurale, autour d’un objectif commun : élargir l’accès au financement tout en favorisant des systèmes agroalimentaires plus résilients, inclusifs et durables.