Actualités Intégrer la nutrition dans les investissements des banques publiques de développement : points d’entrée et outil NutrInvest
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Intégrer la nutrition dans les investissements des banques publiques de développement : points d’entrée et outil NutrInvest

Alors que les défis mondiaux liés aux systèmes alimentaires, à la santé et au développement durable s’intensifient, la nutrition est de plus en plus reconnue comme un pilier central du financement du développement. En collaboration avec GAIN et le FIDA, la plateforme Agri-PDB a organisé un webinaire afin d’examiner comment intégrer efficacement la nutrition dans les stratégies d’investissement. La session a mis en avant des expériences concrètes, des cadres conceptuels et des outils innovants, tels que NutrInvest, démontrant ainsi que l’intégration de la nutrition dans le financement est non seulement nécessaire, mais aussi réalisable.

Intégrer la nutrition dans les investissements des banques publiques de développement : points d’entrée et outil NutrInvest

8 avril 2026 | Rome, Italie

Introduction

Compte tenu de l’importance croissante accordée à la nutrition, la plateforme Agri-PDB s’est associée au Fonds international de développement agricole (FIDA) et à l’Alliance mondiale pour l’amélioration de la nutrition (GAIN) afin d’organiser un webinaire intitulé « Intégrer la nutrition dans les investissements des banques publiques de développement (PDB) : points d’entrée et outil NutrInvest ». Cette session interactive a été ouverte par Marco Camagni, spécialiste technique mondial principal chargé des institutions rurales au FIDA, qui a souligné que la nutrition est une question transversale influençant l’agriculture, les systèmes alimentaires, la résilience climatique et la productivité économique, ce qui entraîne des conséquences de grande envergure dans un contexte de malnutrition. Comme dans de nombreux autres secteurs, les banques publiques de développement (BPD) peuvent être le moteur d’un changement significatif. Par conséquent, l’intégration de la nutrition dans leurs investissements représente à la fois une responsabilité et une opportunité.

Expérience de La Banque Agricole du Sénégal (LBA)

Au nom de la LBA, Alioune Seydi, responsable du suivi et de l’évaluation, a expliqué comment la banque intègre activement la nutrition dans ses opérations d’investissement. Concrètement, la banque s’aligne étroitement sur les stratégies nationales en matière d’agriculture et de nutrition, en accordant la priorité à la diversification des cultures, au soutien à l’horticulture et à l’agroforesterie, tout en finançant des activités de transformation menées par des femmes, telles que la transformation des légumes et la production d’huiles nutritives. Au-delà du financement, la LBA promeut la nutrition par le biais de partenariats avec des programmes de développement permettant la fourniture d’une assistance technique, le renforcement des capacités et le développement de chaînes de valeur structurées et sensibles à la nutrition. S’appuyant sur l’expérience de la LBA, M. Seydi a souligné que la promotion des investissements sensibles à la nutrition reste un défi. Les principales contraintes comprennent l’absence d’instruments financiers dédiés à la nutrition, les incitations limitées à donner la priorité aux résultats en matière de nutrition et la dépendance continue vis-à-vis de partenariats externes pour mener à bien la mise en œuvre. Ainsi, à l’avenir, la LBA explorera :

  • Des taux d’intérêt préférentiels pour les activités liées à la nutrition ;
  • Des subventions à l’investissement pour les PME et les organisations d’agriculteurs ; et
  • Des produits financiers mieux ciblés, conçus pour favoriser l’amélioration des résultats en matière de nutrition.

Grâce à leur forte présence locale et à leur étroite adéquation avec les priorités nationales, les BPD ont un rôle essentiel à jouer pour garantir que les flux financiers contribuent à l’amélioration des résultats en matière de nutrition, à une meilleure santé des populations et à des économies plus résilientes. Ils peuvent y parvenir en intégrant une perspective nutritionnelle dans de multiples domaines d’investissement, notamment les chaînes de valeur agricoles, le financement rural, les infrastructures (marchés, routes, stockage), les projets liés au climat et à la résilience, ainsi que la création de revenus et l’inclusion financière.

Comprendre les investissements sensibles à la nutrition

La discussion s’est poursuivie en soulignant que la nutrition ne se résume pas à la quantité d’aliments, mais porte également sur la qualité (aliments riches en nutriments), la diversité (régimes alimentaires équilibrés) et la sécurité (absence de contamination). Présentant le point de vue du FIDA, Mme Beatrice Ekesa-Onyango (FIDA) s’est concentrée sur les principaux leviers permettant d’intégrer la nutrition dans les investissements agricoles et financiers. Elle a commencé par préciser ce que constitue, pour le FIDA, un investissement sensible à la nutrition (NS), c’est-à-dire un investissement qui vise délibérément à améliorer les déterminants sous-jacents de la nutrition, tels que la disponibilité alimentaire, l’accès à une alimentation diversifiée, les revenus et les connaissances. Elle a souligné que les résultats en matière de nutrition sont influencés par de multiples facteurs — notamment les systèmes alimentaires, les revenus, les pratiques de soins et l’environnement au sens large —, ce qui rend indispensable une approche systémique lors de la conception des investissements.

Elle a en outre identifié des leviers d’action clés à travers l’ensemble du système agroalimentaire et les domaines d’investissement connexes, notamment l’amélioration de l’accès à des intrants diversifiés et riches en nutriments, la promotion d’une production alimentaire diversifiée, le renforcement de la gestion post-récolte, ainsi que l’amélioration de la transformation, du commerce et de la commercialisation des aliments nutritifs. L’importance de soutenir les activités génératrices de revenus, d’autonomiser les femmes et les jeunes, et de compléter les investissements par une éducation nutritionnelle et des mesures visant à modifier les comportements a également été soulignée. Ces approches ont été illustrées par une étude de cas tirée du Programme d’adaptation au changement climatique et de soutien à l’agroalimentaire (CASP) du FIDA au Nigeria, démontrant comment de telles interventions peuvent améliorer les régimes alimentaires, réduire les pertes après récolte et renforcer la résilience face à l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. Dans l’ensemble, cela met en évidence comment l’adoption d’une perspective nutritionnelle peut renforcer l’impact des investissements sur les résultats en matière de nutrition.

Financement innovant : le Mécanisme de financement pour une alimentation saine

Le Fonds de financement pour une alimentation nutritive (N3F), lancé en Afrique pour combler une lacune majeure – à savoir l’absence de véhicules d’investissement spécifiquement axés sur la nutrition –, constitue un exemple d’innovation dans ce domaine. Roberta Bove, responsable principale des financements innovants et chef d’équipe de l’unité « Entreprises alimentaires nutritives » chez GAIN, a présenté les principaux piliers du fonds : (i) l’accent mis sur les PME produisant des aliments sûrs et nutritifs ; (ii) Combinaison de financement par emprunt et d’assistance technique ; et (iii) Intégration de l’évaluation de l’impact nutritionnel tout au long du cycle d’investissement. Elle a en outre souligné que l’impact a été intégré à chaque étape du processus d’investissement, depuis l’évaluation initiale de l’éligibilité et la notation quantitative du portefeuille jusqu’à l’évaluation d’autres aspects de la contribution nutritionnelle.

Le système de classification alimentaire N3F a également été présenté, comme détaillé ci-dessous :

Depuis son lancement, le fonds a réalisé des progrès significatifs : il a déployé la moitié de son capital et investi dans 10 PME réparties dans six pays africains, à savoir le Kenya, le Rwanda, le Sénégal, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie, avec un portefeuille couvrant un large éventail d’activités.

Dans la foulée, Stella Nordhagen, conseillère en recherche sur la mise en œuvre chez GAIN, a reconnu que la plupart des investisseurs ne font pas de la nutrition leur priorité ni ne disposent du même niveau d’expertise en interne. Ce constat a conduit à la mise au point de l’outil NutriInvest, un outil de sélection « simplifié » conçu pour rendre les décisions d’investissement axées sur la nutrition plus accessibles et plus pratiques pour un plus large éventail d’investisseurs. Développé initialement par l’USAID et Wellspring, puis finalisé par GAIN et Wellspring, cet outil vise à accroître à la fois le volume et la qualité des investissements axés sur la nutrition en fournissant des orientations claires et fondées sur des données scientifiques. Les participants ont pu assister à une démonstration concrète de la manière dont les utilisateurs peuvent évaluer un produit unique ou plusieurs produits au sein d’une même entreprise. À partir de l’exemple d’une minoterie, dont 90 % du chiffre d’affaires provient de farine raffinée non enrichie et 10 % de farine enrichie, l’outil a déterminé que cet investissement ne pouvait être qualifié d’investissement nutritionnel, car le produit principal n’améliore pas de manière significative la qualité de l’alimentation. En revanche, pour la même entreprise, mais avec une gamme de produits différente (désormais composée à 80 % de farine enrichie et à 20 % de farine non enrichie), l’outil a classé l’investissement comme favorable à la nutrition, puisque la majorité des produits sont bénéfiques sur le plan nutritionnel.

Session de questions-réponses

La discussion a porté sur la possibilité d’appliquer cet outil aux investissements réalisés par les institutions financières. Il a été souligné qu’avec une transparence suffisante sur le portefeuille d’investissements d’une institution financière, l’outil pourrait être utilisé au niveau des entreprises financées. Une autre option consisterait à former les institutions financières à utiliser elles-mêmes l’outil pour évaluer leurs portefeuilles, en leur fournissant des indications sur la part de leurs investissements qui devrait répondre à des critères sensibles à la nutrition.

D’autres questions ont été soulevées concernant la prise en compte par l’outil des aliments spécifiques à chaque pays, ainsi que la taille du fonds et la possibilité de financer des PDB. En réponse, les intervenants ont précisé que l’outil ne tenait pas compte des besoins nutritionnels spécifiques à chaque pays, car les aliments considérés comme sains dans un contexte donné sont généralement pertinents dans d’autres contextes. Ils ont également noté que le fonds n’investissait pas directement dans des PDB.

À la demande des participants, plusieurs approches permettant d’évaluer le « déficit nutritionnel » d’un pays ont été présentées, notamment l’analyse des teneurs en nutriments et les méthodes axées sur les résultats. Une stratégie concrète a été mise en avant : comparer l’offre alimentaire d’un pays avec les besoins nécessaires pour répondre aux normes d’alimentation saine de l’ensemble de la population. La discussion s’est conclue par une question plus générale sur la manière d’équilibrer les rendements financiers et l’impact nutritionnel, en particulier sur les marchés sous-développés. Il a été noté que les investissements axés sur la nutrition — en particulier au niveau des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) — peuvent être financièrement viables, tandis que les contextes humanitaires peuvent nécessiter des approches subventionnées. Il a été souligné que de nombreuses entreprises fournissent avec succès des aliments et des produits nutritifs par le biais de canaux tels que les écoles, les hôpitaux et les programmes d’urgence sans compromettre leurs performances financières.

Conclusion

Les conclusions ont souligné que l’intégration de la nutrition dans le financement du développement n’est plus une option, mais un élément essentiel pour parvenir à une croissance durable et inclusive. Comme l’a montré ce webinaire, les outils, les cadres et les exemples concrets existent déjà. La prochaine étape consiste à étendre la mise en œuvre, à renforcer la collaboration et à transformer la manière dont les investissements sont conçus.

Pour accéder aux diapositives et aux enregistrements, veuillez cliquer ici.

 

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