Actualités 1er Groupe de travail sur la gouvernance et l’intégration stratégique de l’impact
Inclusion Financière

1er Groupe de travail sur la gouvernance et l’intégration stratégique de l’impact

La série de webinaires consacrés aux indicateurs d’impact a officiellement démarré en mettant l’accent sur la gouvernance et leur intégration stratégique au sein des banques publiques de développement agricole (BPD). À travers un aperçu des défis actuels, l’identification des meilleures pratiques et des témoignages concrets de la Banque agricole du Sénégal et de l’Agricultural Finance Corporation du Kenya, ces deux premiers webinaires ont présenté une feuille de route pour mieux comprendre comment tirer parti de cet outil de gouvernance afin de soutenir un financement agricole plus inclusif et durable.

1er Groupe de travail sur la gouvernance et l’intégration stratégique de l’impact

26 février – 2 mars 2026 | Rome, Italie

Introduction

La Plateforme Agri-PDB, en collaboration avec la banque de développement allemande KfW, Findev Advisory et DJOSSOUR Formation & Conseil, a organisé deux webinaires, tenus en français et en anglais, consacrés à la gouvernance et à l’intégration stratégique des indicateurs d’impact (KPI) au sein des banques publiques de développement agricoles (BPD).

En ouvrant la session, Thierry Latreille, coordinateur de la Plateforme Agri-PDB, a souligné que les exigences des bailleurs se renforcent, que l’accès aux financements verts dépend de la capacité à démontrer des résultats mesurables, et que les mandats publics évoluent vers une plus grande inclusion, une meilleure résilience climatique et la sécurité alimentaire. L’intégration de l’impact dans la gouvernance des BPD devient ainsi une priorité institutionnelle.

Le webinaire a donc abordé une question centrale : comment faire en sorte que l’impact dépasse le simple exercice de reporting pour devenir un véritable outil de pilotage stratégique influençant les décisions de financement et l’allocation du capital ?

Gouvernance et pilotage stratégique de l’impact

Nejib Ajili, expert en suivi-évaluation et agriculture durable et CEO de DJOSSOUR Formation & Conseil, a présenté les défis actuels, notamment la transition entre des KPI orientés reporting et des KPI de pilotage — c’est-à-dire un nombre limité d’indicateurs réellement orientés vers la décision, qui passent d’une fonction périphérique à un levier structurant au sein du cycle de crédit.

Pour y parvenir, quatre questions fondamentales structurant la gouvernance de l’impact ont été identifiées :

Ainsi, sans gouvernance claire, l’impact reste cantonné à une fonction déclarative. Avec une gouvernance structurée, il devient un outil stratégique d’arbitrage.

Intégrer l’impact dans le cycle de financement

Une recommandation clé consiste à intégrer l’impact dès la phase d’origination d’un dossier, plutôt qu’a posteriori. Le cycle d’intégration proposé comprend :

  • Pré-sélection : critères d’éligibilité alignés sur le mandat stratégique.
  • Analyse : analyse détaillée de l’impact incluant une situation de référence (baseline) et des proxys.
  • Approbation : arbitrage entre impact, risque et rentabilité.
  • Contractualisation : inclusion de clauses liées aux engagements d’impact.
  • Suivi : agrégation des données et ajustements correctifs si nécessaire.

Cette approche introduit un changement de paradigme : les décisions de financement ne reposent plus uniquement sur le couple risque/rentabilité, mais sur un triptyque intégrant l’impact. Les banques peuvent ainsi mobiliser des ressources concessionnelles, réduire leurs coûts de refinancement ou accéder à des instruments tels que les obligations vertes et durables — à condition de disposer d’indicateurs fiables et traçables.

Cadres et standards internationaux

Nabil Kesraoui, expert en finance durable et CEO de Findev Advisory, a présenté les cadres internationaux disponibles pour structurer la mesure de l’impact, tels que : Global Impact Investing Network (IRIS+), International Finance Corporation (Performance Standards, AIMM), les Objectifs de développement durable (ODD), l’Organisation de coopération et de développement économiques (CAD) ou encore les Harmonized Indicators for Private Sector Operations (HIPSO).

Il a souligné que l’objectif n’est pas d’adopter tous les cadres simultanément, mais de construire un système cohérent aligné sur le mandat et les capacités internes de chaque institution.

Expérience de la Banque Agricole du Sénégal (LBA) et de l’Agricultural Finance Corporation (AFC) du Kenya

Alioune Seydi, responsable du suivi-évaluation à la LBA, a présenté les priorités de reporting de la banque, qui portent notamment sur : le genre, la création d’emplois, l’amélioration des revenus, la gestion des ressources naturelles (eau, biodiversité), ou encore l’adaptation et l’atténuation face au changement climatique.

Allant plus loin, il a partagé plusieurs enseignements clés :

  • Commencer avec des indicateurs simples et des proxys ;
  • Trouver un équilibre entre la robustesse des données et les coûts de collecte ;
  • Utiliser des subventions ou des partenariats pour tester les systèmes ;
  • Accompagner la gestion du changement et la culture interne.

Du côté de l’AFC, Junetapelin Karimi, Senior Credit Manager – Operations, a expliqué que la banque aligne ses activités sur les priorités nationales de développement en définissant des KPI au niveau stratégique sous la supervision du Conseil d’administration.

Les KPI sont définis avant le lancement des produits, validés par le comité de crédit et suivis en continu grâce à une infrastructure numérique permettant un reporting en temps réel et l’identification précoce des segments sous-performants. Les revues trimestrielles du Conseil permettent d’ajuster l’allocation des ressources ou la conception des produits si nécessaire.

En termes de défis, la LBA a souligné la nécessité de simplifier les outils, d’automatiser les processus via les systèmes d’information et d’aligner les incitations internes (objectifs commerciaux intégrant des objectifs d’impact). Un arbitrage permanent doit également être réalisé entre précision des données et coûts, afin d’éviter à la fois une complexité excessive et les risques de greenwashing.

L’AFC a mentionné l’absence d’une taxonomie agricole standardisée facilitant les comparaisons entre institutions, les difficultés à mesurer les émissions de carbone ainsi que l’évolution constante des chaînes de valeur agricoles.

Cependant, les deux témoignages ont montré que la mesure de l’impact constitue un véritable outil de gouvernance au service d’une finance agricole plus inclusive et durable.

La session s’est conclue en laissant aux participants une feuille de route reposant sur une approche progressive :

  • Clarifier le mandat et les priorités stratégiques.
  • Définir un noyau limité d’indicateurs fiables.
  • Mettre en place des routines de gouvernance.
  • Intégrer l’impact dans le cycle de crédit.
  • Industrialiser progressivement les outils et les systèmes.

Pour accéder aux présentations et aux enregistrements, veuillez cliquer ici pour l’anglais et ici pour le français.

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